Le cinéma engagé en cinq films.

À l’époque des smartphones et des réseaux sociaux, où l’information transmise est courte et instantanée, le cinéma engagé offre des perspectives d’action plus large pour tenter de faire évoluer notre société ou dans une moindre mesure le regard du spectateur sur ce qui l’entoure. Des films au message fort qui arrivent à se frayer un chemin dans un amas de blockbusters, reboot et autres comédies formatées, qui ne sont pas moins dénués de qualités … pour certains. 

Des films qui préfèrent une fièvre militante aux passions ardentes. 

Des films où faune, flore et corps sont mis au service d’une croyance. 

Dernier exemple en date de film dénonçant ce qui ronge notre monde, Kings de Deniz Gamze Ergüven. En salle depuis le mercredi 11 avril, il marque le retour de la jeune réalisatrice après le génial Mustang. Son nouveau film nous plonge dans la vie d’une famille d’accueil à Los Angeles, quelques semaines avant que la violence éclate dans la ville suite au verdict du procès de Rodney King.

Cette sortie est l’occasion pour nous de revenir sur cinq grands réalisateurs qui nous tiennent à coeur et ayant brillé dans un cinéma engagé : 

Z de Costa Gavras (1969) 

Dans les années 1960, dans un pays non identifié, un député progressiste est renversé. Banal accident ? Attentat politique ? Le juge d’instruction chargé de l’enquête va mettre en évidence le rôle du gouvernement et de la police dans cet assassinat.

S’il ne fallait en garder qu’un ça serait probablement celui-ci. Z est un poignant appel à la résistance contre la dictature, il est une référence du cinéma engagé. Prix du Jury et Prix d’interprétation pour Jean-louis Trintignant au Festival de Cannes en 1969, Oscar du meilleur film étranger et Oscar du meilleur montage en 1970. Le film a été un véritable onde de choc et reste terriblement d’actualité aujourd’hui. Avec Costa Gavras la liberté ne meurt pas, elle rugit.

Nous avons eu l’honneur d’avoir ce grand réalisateur en tant que président d’honneur du Festival Le Temps Presse lors de sa 3ème Édition en 2013.

 The Navigators de Ken Loach (2002)

On ne le présente plus, c’est LE cinéaste engagé par excellence. Celui qui disait « Un autre monde est possible et nécessaire » après la réception de sa palme d’or pour Moi, Daniel Blake en 2016 a prouvé à maintes reprises qu’il inscrivait ses créations artistiques dans un contexte politique avec la volonté qu’elles aient une réelle incidence sur la conscience collective. Il rêve d’un monde meilleur, est révolté par l’injustice omniprésente de notre société et utilise son cinéma comme arme. En 50 ans de carrière, Ken Loach a prouvé que le cinéma peut aider à changer le monde même si comme il le reconnaît “sans mouvements politiques rien ne va changer”.

À l’heure des grèves SNCF, il est bon de se replonger dans The Navigators. Ce magnifique film relate le quotidien de quatre cheminots au lendemain de la privatisation de British Rail, la compagnie nationale de chemin de fer au Royaume-Uni jusqu’en 1994. Toujours aussi sobre et juste, Ken Loach défend l’humain contre le cynisme du libéralisme. Au premier abord drôle le film se révèle très vite glaçant car comme dans la vie chez Ken Loach joie et tristesse cohabitent. 

Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (1957) 

Génie de notre temps, cinéaste libre et controversé, perfectionniste … les qualificatifs ne manquent pas pour décrire Stanley Kubrick et son incroyable filmographie. Avant le virulent sergent instructeur Hartman (RIP R. Lee Ermey) dans Full Metal Jacket, avant l’IA HAL 9000 dans 2001 L’odyssée de l’espace, avant le terrifiant Jack Torrance dans Shining, il avait réalisé ce petit bijou méconnu qu’est Les Sentiers de la gloire. Véritable réflexion sur la guerre, ce film décrit les exécutions pour l’exemple de soldats tirés au sort pour punir leur compagnie. Kubrick nous montre ici la déshumanisation qu’engendre la guerre. Une chose est sûr, le cinéma n’a jamais été aussi beau.

Pour la petite histoire le film n’est sorti sur les écrans français qu’en 1975. Il ne fut pas censuré à proprement parlé, il serait même plus cohérent de parler “d’autocensure”. Le mouvement contestataire (composé d’association et de la diplomatie française) fit tellement de bruit à l’époque que la production préféra ne pas le diffuser.

4 mois, 3 semaines 2 jours de Cristian Lingui (2007)

1987, Roumanie, quelques années avant la chute du communisme. Ottila et Gabita partagent une chambre dans la cité universitaire d’une petite ville. Gabita est enceinte et l’avortement est un crime. Les deux jeunes femmes font donc appel à un certain M. Bébé pour résoudre le problème.

Oppressant, haletant, cette palme d’or non déméritée nous fait suivre deux femmes qui se battent pour disposer de leur corps. Sans jamais être manichéen, ni tomber dans le piège du film-dossier, Cristian Mingui illumine ses deux actrices et son sujet par sa mise scène étourdissante. D’un réalisme brutal, il pose un regard juste sur la société roumaine de cette époque. Ce film est un véritable cri pour la liberté corporelle.

Promised Land de Gus Van Sant (2013) 

Promised Land suit un employé d’une grande compagnie d’énergie qui a pour mission de convaincre des fermiers de laisser forer leurs terres contre beaucoup d’argent. Ce qui s’annonçait comme une tâche aisée va se révéler compliqué quand un activiste écologiste et un enseignant critiquent le projet.

Gus Van Sant et le gaz schiste, qui l’aurait cru. Cinéaste poétique, radical et contestataire, il s’attaque ici de manière nuancée à l’opposition entre écologie et développement économique. Gus Van Sant pourrait être qualifié de cinéaste caméléon tant il donne l’impression de se réinventer à chaque film. Rejetant un certain conformisme du cinéma, il semble prôner une liberté artistique au fil de ses oeuvres. Promised Land n’en est qu’un nouvel exemple. Son nouveau film Don’t worry, He Won’t Get Far on Foot est sorti le 4 avril dernier dans les salles françaises. Le film retrace le parcours du dessinateur satirique John Callahan, tétraplégique à l’âge de vingt-et-un ans à cause de son alcoolisme, qui trouva dans le dessin une forme de thérapie. Qu’est-ce qu’on vous avait dit ? Un cinéaste caméléon.

Gus Van Sant a réalisé l’un des courts métrages du film 8, qui est à l’origine du festival : Mansion on the hill, pour la réduction de la mortalité infantile.

 

Sur ce, zou à vos caméras car le temps presse !

                                                                                                                                                   A.B 

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