Le cinéma qui aimait les femmes

C’est une époque dont, on l’espère, tout le monde se souviendra.

Une époque où le harcèlement de certains hommes, qui avilissent les femmes, est enfin mis en lumière. Notamment dans la Mecque du cinéma.

Une époque où se dégage le sentiment persistant que les rapports humains ont plus de laideur que de beau.  

Dans cette apathie profonde, parlons d’un cinéma qui aime les femmes, qui nous montre des héroïnes prenant contrôle de leurs corps, de leur sexualité, de leur liberté. Elles ont un pouvoir de dire non, mais aussi oui.

Et plus particulièrement intéressons-nous à trois films récents de trois jeunes réalisatrices françaises nous montrant des femmes pas encore adulte mais ayant dit adieu à l’enfance. Dans l’ivresse de la jeunesse, leurs héroïnes aiment à perdre la raison, souffrent mais se défendent.

Depuis quelques temps, au milieu de tous ces scandales, le cinéma français voit naitre de jeunes talents féminins qui osent et ça fait du bien !

Ava de Léa Mysuis (2017)

Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l’océan quand elle apprend qu’elle va perdre la vue. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite…

Cette fable gracieuse, où cohabitent lumière et ténèbres, donne à l’innocence de l’adolescence une grâce magistrale. Ce qui impressionne dans ce premier long métrage de Léa Mysius est qu’il est profondément harmonieux dans son récit initiatique. Douceur et espoir s’y mêlent avec délicatesse. Alors qu’elle perd la vue, Ava va le temps d’un été vivre, aimer, désirer. L’éveil sexuel et de la transformation du corps y sont traités avec une grande justesse. L’adolescence, belle et mélancolique, s’éteint en même temps que la vue de son héroïne.

Avant Ava, Léa Mysius a réalisé quelques courts métrages et a co-écrit Les Fantômes d’Ismaël avec Arnaud Desplechin

Grave de Julia Ducournau (2017)

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Film audacieux d’une efficacité redoutable et réussissant tout ce qu’il touche, Grave est une véritable claque dans un paysage cinématographique français de plus en plus aseptisé. Dans cet ovni troublant et angoissant, l’émancipation passe par la transformation du corps et l’exaltation de pulsions refoulées. À la fois sexuelles et cannibales. Ayant subi une fausse polémique sur son aspect dérangeant, Grave n’est pas simplement horrifique. C’est un film de genre voguant entre comédie, horreur et thriller. Au final il montre que le cinéma de genre est un excellent moyen d’exprimer un message. Comme l’a également montré le récent Get Out avec sa dénonciation du  racisme ordinaire.

Revenge de Coralie Fargeat (2018)

Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme…

Voilà un film qui ne pouvait pas être plus en adéquation avec l’actualité. Sortie au moment où le mouvement #metoo prenait toute son ampleur, ce « rape and revenge » est radical, brutal et loufoque. Revenge ne laisse pas indifférent. Avec son esthétique ultra pop et son côté excessif assumé, le film est une réelle expérience. Mais pas seulement. Les personnages stéréotypés à l’extrême (son héroïne ultra sexualisée, ses personnages masculins machos à souhait) permettent de mieux détruire les préjugés. Revenge dénonce les accusations faites aux victimes de viol en leur disant que c’est de leur faute, en leur reprochant leur tenue vestimentaire. Dans un système où violences verbales, psychologiques, physiques et sexuelles envers les femmes sont reines, l’héroïne se libère des préjugés de notre société et prend son destin en main.

Sur ce, zou au cinéma car le temps presse et vive les femmes !

                                                                                                                                              A.B

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